Patrimoine & culture

Sécheresse : pourquoi des maisons englouties resurgissent des lacs, et ce que les habitants y retrouvent

En Haute-Loire et dans la Creuse, la sécheresse fait baisser les lacs et révèle des ruines englouties depuis des décennies. Voici ce que l'on y retrouve.

Sécheresse : pourquoi des maisons englouties resurgissent des lacs, et ce que les habitants y retrouvent

Vous passez au bord d'un lac et des murs affleurent ? Cette année, la sécheresse a fait baisser plusieurs lacs artificiels, en Haute-Loire et dans la Creuse. L'eau laisse réapparaître des maisons englouties depuis des décennies, et des habitants y retrouvent l'histoire de leur famille.

En bref

  • Le lac de Lavalette, en Haute-Loire, a perdu plus de 20 mètres en 2026, entre sécheresse et travaux sur le barrage.
  • Ses ruines sont celles de hameaux sacrifiés pour un barrage hydroélectrique des années 1940, où une centaine de personnes ont été expropriées.
  • Dans la Creuse, le lac de Vassivière a perdu plusieurs mètres et dévoile la ferme des grands-parents de Jean-Jacques Bord.

Le chiffre clé : plus de 20 mètres de niveau perdus par le lac de Lavalette, en Haute-Loire, en 2026.

Lavalette a perdu plus de 20 mètres d'eau en 2026

Au milieu du lac de Lavalette, en Haute-Loire, des murs refont surface. En 2026, ce plan d'eau a perdu plus de 20 mètres. Deux causes se cumulent : la sécheresse et des travaux sur le barrage. Résultat, le niveau est extrêmement bas.

Voilà pourquoi ces vestiges ressortent maintenant. Un lac artificiel n'est pas un lac né de la nature : il a été créé en noyant des lieux où l'on vivait. Quand l'eau se retire, le sol d'autrefois réapparaît, avec ce qui n'avait pas été démonté.

Thierry Dufaud, moniteur de canoë, le voit depuis son embarcation. À ses yeux, le niveau est « déjà très bas », ce qui permet d'observer des choses qu'on n'avait pas observées depuis quelque temps. Des ruines, précisément.

Ces ruines sont celles de hameaux sacrifiés pour un barrage des années 1940

Ce que l'on aperçoit à Lavalette n'est pas une curiosité sans passé. Ces murs appartiennent à des hameaux sacrifiés pour la construction d'un barrage hydroélectrique, dans les années 1940. Une centaine de personnes ont été expropriées. C'étaient des familles qui travaillaient la soie.

Lionel Ciochetto, journaliste et auteur de Lavalette, l'épopée du barrage des deux guerres, sait où poser les yeux. Il situe les ruines du moulinage du Châtelard. Là, c'était le carré d'habitation. Derrière, dans une partie qui n'est pas encore sortie de l'eau, se trouvait l'atelier où travaillaient principalement des jeunes femmes.

Pour vous qui aimez comprendre les lieux, c'est précieux : ce que vous regardez était à la fois un logement et un lieu de travail. Les pierres racontent une activité, la soie, et une vie de hameau interrompue par un chantier.

En Creuse, Vassivière dévoile la ferme de ses grands-parents à Jean-Jacques Bord

Le phénomène ne se limite pas à la Haute-Loire. Dans la Creuse, le lac artificiel de Vassivière a lui aussi perdu plusieurs mètres cette année. Là encore, des souvenirs remontent avec le niveau de l'eau.

Jean-Jacques Bord est venu contempler ce qu'il reste de la ferme de ses grands-parents. Il explique pourquoi ce déplacement compte pour lui.

« C'est important parce que, quelque part, c'est quelque chose qui reste et qu'on ne voit que de temps en temps. »

Jean-Jacques Bord, dans un reportage de franceinfo

Le tableau ci-dessous résume les deux cas.

LacDépartementBaisse du niveauCe qui réapparaît
LavaletteHaute-LoirePlus de 20 mètres en 2026Ruines de maisons et du moulinage du Châtelard
VassivièreCreusePlusieurs mètres cette annéeReste de la ferme des grands-parents de Jean-Jacques Bord

Une maison reconstruite avec les pierres de la ferme engloutie

Parfois, l'histoire des lieux ne s'est pas arrêtée sous l'eau. La famille d'Anne-Marie Monchal a dû quitter un hameau. Ses grands-parents ont alors reconstruit une maison, avec les pierres de leur ferme, désormais englouties. Elle y vit aujourd'hui.

Son père avait 20 ans à l'époque, et ce départ l'a profondément marqué. « Il en parlait beaucoup. Même après, quand il était à la retraite, il aimait y aller », raconte-t-elle. Quand le lac baisse, c'est donc aussi la mémoire familiale qui refait surface.

On mesure ce que ces expropriations ont coûté. Les habitants n'ont pas seulement perdu une adresse. Ils ont perdu des murs, un atelier, un paysage, et ils en ont gardé le récit de génération en génération.

Un spectacle qui risque de se répéter de plus en plus souvent

Faut-il s'attendre à revoir ces images ? Le reportage est clair : ce spectacle risque de se reproduire de plus en plus fréquemment, avec le dérèglement climatique et les sécheresses. Ce qui surprend aujourd'hui pourrait devenir moins rare.

Pour un week-end au calme, c'est une invitation à regarder autrement les lacs de barrage. Derrière une eau paisible, il y a des hameaux, des familles et des métiers qui ont disparu au milieu du XXe siècle. Les ruines de Lavalette en sont la preuve, tout comme la ferme de Vassivière.

Retenez surtout que ces vestiges n'apparaissent qu'à certaines conditions. Un niveau très bas, de la sécheresse, parfois des travaux : ces circonstances ne sont pas permanentes. Une partie de l'atelier du Châtelard, elle, reste encore sous l'eau.

Vos questions

Pourquoi des maisons englouties ressortent-elles des lacs cette année ?

Parce que le niveau de plusieurs lacs artificiels est extrêmement bas. À Lavalette, la sécheresse et les travaux sur le barrage ont fait perdre plus de 20 mètres en 2026. Ce qui était noyé réapparaît peu à peu.

Que retrouve-t-on au fond du lac de Lavalette ?

On y voit des ruines de hameaux sacrifiés pour un barrage hydroélectrique construit dans les années 1940. Parmi elles, le moulinage du Châtelard, avec son logement et son atelier, où travaillaient surtout des jeunes femmes. Une centaine de personnes, des familles de la soie, avaient été expropriées.

Le phénomène concerne-t-il d'autres lacs que Lavalette ?

Oui, le lac artificiel de Vassivière, dans la Creuse, a perdu plusieurs mètres cette année. Jean-Jacques Bord y est venu voir ce qu'il reste de la ferme de ses grands-parents. Le reportage prévient que ces scènes risquent de se répéter de plus en plus souvent.

Sources : franceinfo.

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