Raoul Salama attaque Google en justice : deux faux avis sur son château de Bourgogne, huit ans de procédure
Le 12 octobre, le propriétaire du château de Balleure (Saône-et-Loire) affronte Google à Chalon-sur-Saône pour deux faux avis publiés en 2018.
Vous tenez une maison d'hôtes, ou vous choisissez la vôtre sur Google Maps ? Le 12 octobre, Raoul Salama, propriétaire du château de Balleure à Étrigny, affronte Google à Chalon-sur-Saône. Point de départ : deux avis de 2018, selon lui rédigés par des personnes jamais venues. Son but : faire bouger la modération.
En bref
- Raoul Salama, du château de Balleure, est opposé à Google le 12 octobre devant le tribunal judiciaire de Chalon-sur-Saône.
- Tout part de deux avis négatifs de 2018, une étoile et deux sur cinq, laissés par des personnes qui n'ont jamais séjourné au château.
- Il réclame un modèle comme en Allemagne, où la preuve incombe à l'auteur de l'avis, et un interlocuteur humain chez Google.
Le chiffre clé : 292 millions de faux avis que Google dit avoir retirés en 2025, selon l'experte Kay Dean.
Deux notes basses ont suffi à ouvrir une bataille de huit ans
Le château de Balleure se trouve à Étrigny, en Saône-et-Loire, à une dizaine de kilomètres de Tournus. Il accueille des hôtes et collectionne les distinctions les plus élevées. En 2018, deux visiteurs publient pourtant un avis négatif chacun : l'un donne une étoile, l'autre deux sur cinq.
Pour un lieu habitué aux meilleures notes, c'est une anomalie qui fait mal. Raoul Salama s'appuie sur une étude sectorielle, selon lui documentée :
« note abaissée de 10 %, c'est un chiffre d'affaires qui en pâtit de 25 à 30 %. »
Raoul Salama, propriétaire du château de Balleure, au sujet de l'effet d'une note en baisse.
Il enquête alors. Sa conclusion : ces avis viennent de personnes qui n'ont jamais dormi chez lui.
Google l'a renvoyé de service en service, puis a été condamné sous astreinte
Le propriétaire demande d'abord le retrait des avis à Google France. On le dirige vers la filiale américaine, qui le renvoie à l'entité irlandaise. Il parle d'un parcours qui l'a fait « tourner en bourrique ». Les notes restent, et on ne lui donne pas les coordonnées des auteurs.
Il choisit alors la voie judiciaire. Voici les étapes décrites jusqu'ici :
| Étape | Résultat |
|---|---|
| Assignation en référé | Perdue en première instance |
| Cour d'appel de Dijon | Gain de cause : Google doit divulguer les coordonnées des internautes |
| Après l'arrêt | Google ne s'exécute pas |
| 2023 | Condamnation sous astreinte pour transmettre les informations |
| 12 octobre | Audience au tribunal judiciaire de Chalon-sur-Saône |
Après de longues années, les deux faux avis ont fini par être retirés.
Une simple notification Maps aurait suffi à fabriquer les avis
Une fois les auteurs contactés, Raoul Salama obtient l'explication. Le scénario est presque banal. Des personnes passent devant le château et reçoivent sur leur téléphone une sollicitation de Maps leur demandant de noter le lieu.
« En fait, ils passaient devant le château et ont reçu un push de Maps sollicitant leur note sur le château. Pour enlever la notification, ils l'ont donnée. »
Raoul Salama, propriétaire du château de Balleure.
Autrement dit, ni séjour ni visite : une note lâchée pour faire disparaître une alerte. Pour un hébergeur, c'est une leçon concrète. Une étoile affichée sur sa fiche ne prouve pas toujours qu'un client a dormi sur place.
Et la victoire n'a pas clos le dossier : depuis, de nombreux autres commentaires négatifs sont réapparus.
Le modèle allemand et un interlocuteur humain, voilà ce qu'il réclame
Raoul Salama vise plus que ses deux avis. Il espère que la justice s'inspire de l'Allemagne. Là-bas, un commerçant qui doute de la véracité d'un avis peut demander rapidement son retrait au tribunal. C'est alors à l'auteur de l'évaluation négative de prouver qu'elle est fondée. Son raisonnement : « S'ils peuvent le faire en Allemagne, ils peuvent le faire en France ».
Si les juges ne suivent pas cette piste, il compte au moins sur la procédure pour pousser Google à revoir sa modération. Son objectif affiché est de « conduire l'entreprise à modifier ses pratiques de modération ».
Il demande surtout « un humain pour discuter de la situation ». Selon lui, cela existe déjà sur Tripadvisor, donc rien n'empêcherait Google de faire pareil. Il parle de créer « une jurisprudence » qui faciliterait les démarches de toutes les petites entreprises dans le même cas. L'avocat de Google n'a pas répondu à l'AFP.
Des centaines de millions de faux avis : tous les hébergeurs sont concernés
Le cas de Balleure n'a rien d'isolé. Kay Dean, ancienne enquêtrice fédérale américaine devenue experte des fraudes en ligne, estime qu'il existerait « des centaines de millions » de cas similaires dans le monde. Elle s'est exprimée auprès de l'AFP.
- En 2025, Google a lui-même indiqué avoir retiré 292 millions de faux avis.
- Selon CQ Researcher, jusqu'à 45 % des commentaires sur le Net viendraient de personnes qui n'ont pas essayé le produit ou le service.
Pour vous qui réservez une chambre d'hôtes, cela invite à lire les avis avec recul : une note isolée très basse ne dit pas forcément la vérité du séjour. Pour les propriétaires de gîtes et de maisons de caractère, l'audience du 12 octobre sera suivie de près. Elle dira si un petit hébergeur peut espérer obtenir plus vite le retrait d'un avis qu'il juge faux.
Vos questions
Que reproche exactement Raoul Salama à Google ?
Il reproche à Google d'avoir laissé en ligne deux avis de 2018, selon lui faux, et de l'avoir renvoyé de filiale en filiale sans les retirer. Google a aussi tardé à transmettre les coordonnées des auteurs, jusqu'à une condamnation sous astreinte en 2023.
Que demande-t-il au tribunal de Chalon-sur-Saône ?
Il espère que la justice s'inspire du modèle allemand, où l'auteur d'un avis contesté doit prouver qu'il est fondé. À défaut, il souhaite que Google change sa modération et propose un interlocuteur humain, comme Tripadvisor.
Les deux faux avis ont-ils été supprimés ?
Oui, après de longues années de procédure, les deux avis ont été retirés. Mais de nombreux autres commentaires négatifs sont réapparus depuis, ce qui explique que le propriétaire poursuive son action.
Sources : france3-regions.francetvinfo.fr.
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